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BRIGSBY BEAR

15 mars 2020


La captivité est une thématique récurrente du cinéma. Qu’elle se trouve dans le cinéma d’horreur avec la saga des Saw, dans des thrillers pleins de rebondissements comme Old Boy (Park Chan-Wook) ou bien dans des drames sociaux tels que Room (Lenny Abrahamson), cette thématique donne souvent lieu à des films lourds et denses, souvent très intéressants, mais aussi durs à encaisser. Globalement, ces films présentent le rapport entre leurs protagonistes, enfermés ou ex-enfermés, et la réalité, qu’ils découvrent généralement pour la première fois. Dans les productions plus modestes, cette règle s’applique aussi, parfois même de façon plus intense. On peut par exemple citer le très déroutant Canine (Yorgos Lanthimos), qui est probablement l’illustration la plus tordue de ce thème. Cependant, au milieu d’un océan de désespoir et de décadence, se trouve un diamant de bonheur pur, du nom de Brigsby Bear.

Brigsby Bear est donc une comédie dramatique réalisée par Dave McCary, sortie dans notre pays en 2018. Malheureusement non diffusé dans les salles en France, le film n’a bénéficié que d’une distribution physique et à la demande. Premier et (pour l’instant) unique long-métrage du réalisateur, il raconte l’histoire de James, adulte de 25 ans, isolé depuis sa naissance du monde extérieur à cause de ses faux parents, qui l’ont kidnappé à la naissance. Lorsque ses ravisseurs sont finalement arrêtés, il est lâché dans la nature, décidé à réaliser un film sur le héros inconnu de tous qui l’accompagne depuis qu’il est tout petit : Brigsby Bear.

Le point qui me fait le plus apprécier Brigsby Bear est probablement son humanité et la bienveillance avec laquelle il traite son sujet. Le personnage de James semble au départ totalement déconnecté de cette réalité qu’il n’a jamais connue. Dans beaucoup de films, James aurait été rejeté de tous les côtés, ne trouvant que peu de réconfort dans un monde froid et indifférent. Mais ici, malgré quelques difficultés à s’entendre avec sa vraie famille, il n’en est rien. James est différent, certes, mais il s’intègre, et son nouvel entourage s’intéresse à lui. Dès ses premières rencontres, il partage son amour pour l’émission Brigsby Bear, et commence à former des relations autour de ce but commun : conclure les aventures de l’émission désormais arrêtée. Tout au long du film, on est pris d’attachement pour le protagoniste et pour son objectif, puis pour le groupe qui l’accompagne. Les personnages sont tous portés par des acteurs convaincants, particulièrement Kyle Mooney (James), qui a à mes yeux la carrure parfaite pour l’incarner, et Mark Hamill, qui, malgré son temps d’apparition restreint, apporte lui aussi une prestation touchante.
Le film commence par une introduction parfaite à l’univers de James et de son héros, qui pose extrêmement bien les bases pour la suite du récit, notamment sur la psychologie de James. Bien qu’une ou deux scènes un peu gênantes s’ajoutent au film, et lui donnent un aspect légèrement malsain par instants, la (très) grande majorité du film est une épopée sincère et pleine de bons sentiments, qui laisse un profond sourire lors de son dénouement. Certains regretteront peut-être le fait que le film survole certains aspects, comme la relation de James avec ses parents ravisseurs, pour se concentrer sur son fil rouge, mais ça ne m’a pas particulièrement dérangé, tant je trouve la conclusion satisfaisante.
L’autre aspect principal du film est pour moi la mythologie créée derrière l’émission fictive, et l’ambiance qui en découle. Même si au premier abord, Brigsby Bear semble être une banale émission pour enfants, avec des héros, un antagoniste et une morale, l’équipe du film est parvenue à insuffler une vraie âme à l’ensemble, partiellement grâce à la passion de l’acteur principal pour les anciennes émissions pour enfants, allant jusqu’à créer des aventures entières du héros (dont une disponible dans les bonus de la version physique) et même un générique entraînant, composé par David Wingo, responsable de la bande-son du film. Cette dernière est d’ailleurs assez mélancolique, comportant des sonorités à la fois lourdes et douces, souvent portées par du piano, et accompagne à merveille le film, bien qu’elle soit finalement assez peu marquante. Enfin, cette émission, qui s’invite parfois dans les pensées du protagoniste, crée des situations visuelles intéressantes, et renforce l’ambiance sincère et nostalgique qui se dégage du long-métrage.

Brigsby Bear est donc un bijou malheureusement trop méconnu en France, empli d’une profonde passion et d’une extrême bienveillance. Accessible à tous les publics, je vous recommande bien entendu de vous y intéresser, tant pour son côté « feel-good » que pour son récit touchant. Si le film vous plaît, je vous recommanderai, en plus des films cités plus haut, le film Soyez sympas, Rembobinez (Michel Gondry), qui a un côté amateur dans le même genre, et son némésis émotionnel, Bad Boy Bubby (Rolf De Heer), qui traite les mêmes thématiques d’une façon beaucoup plus crue et violente.

Rédigé par Théodore Conte.

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